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4 min de lecture

EarthRay, un banc d’essai pour la précision annoncée

EarthRay ancre le globe terrestre, latitudes et longitudes comprises, autour de celui qui tient le téléphone. Le premier enseignement de ce chantier ne porte pas sur la 3D, mais sur ce que vaut un chiffre de précision sorti de son contexte.

Depuis septembre 2026, je développe en propre une application de réalité augmentée, EarthRay. Elle affiche le graticule terrestre là où il se trouve réellement : le méridien et le parallèle de l’utilisateur passent sous ses pieds, l’équateur file sous l’horizon, les tropiques et les cercles polaires traversent le sol à des milliers de kilomètres. La grille est géoancrée. Elle ne suit pas l’écran, elle reste en place quand on marche.

L’objet est pédagogique. L’intérêt professionnel est ailleurs. Une application de ce type ne pardonne aucune approximation d’orientation : trois degrés d’erreur de cap, et le pôle Nord se trouve ailleurs. Le défaut ne se discute pas, il se voit. C’est un banc d’essai honnête pour ce que l’on affirme d’ordinaire sur la précision.

Ce que le terrain a répondu

L’application s’oriente avec l’API Geospatial d’ARCore, qui recale la pose du téléphone en comparant l’image de la caméra à l’imagerie Street View du lieu. Sans couverture exploitable, elle retombe sur la boussole magnétique, dont l’erreur se compte facilement en dizaines de degrés en milieu bâti.

Une même sortie d’essai, sept sessions dans la même rue, à moins de cinquante mètres les unes des autres, le même après-midi, avec le même téléphone : une seule est descendue à 1,65° d’incertitude de cap, vérifiée contre la position du soleil. Les six autres sont restées entre 10 et 26°.

Le matériel n’explique rien de cet écart. Ce qui change d’une session à l’autre, c’est ce que la caméra avait devant elle : des façades relevées par Street View, ou du ciel, de la végétation et un mur nu.

Un chiffre de précision hors contexte n’engage rien

La documentation du service annonce une précision de cap de l’ordre du degré. Elle est exacte. Elle décrit le cas où la localisation visuelle aboutit, et ce cas dépend d’une donnée que personne ne maîtrise depuis son bureau : la couverture photographique de la rue.

Sur un projet, la même phrase revient dans les spécifications sous une forme plus policée : positionnement centimétrique, cap au degré. Elle n’engage rien tant qu’on n’a pas écrit à côté dans quelles conditions ce chiffre est atteint, à quelle fréquence ces conditions sont réunies sur la zone de travail, et ce que fait le système quand elles ne le sont pas.

C’est le troisième point que l’on omet, et c’est celui qui coûte. Un mode dégradé non prévu devient un mode dégradé non détecté, et les positions qu’il produit entrent dans le référentiel sans porter la moindre marque de leur qualité. Des années plus tard, plus rien ne les distingue des bonnes.

EarthRay affiche donc en permanence sa source de pose et son incertitude, et journalise chaque session. Non par transparence envers un utilisateur qui s’en moque, mais parce qu’un système incapable de dire à quel point il est sûr de lui n’est pas exploitable.

Ce qui se joue sous la surface

Trois décisions structurent le reste, et aucune ne se voit à l’écran.

Le calcul géodésique est tenu en double précision et séparé du moteur de rendu. Le demi-grand axe de l’ellipsoïde WGS84 vaut 6 378 137 m : à cette distance de l’origine, un flottant 32 bits, format standard des moteurs 3D, ne résout plus que le mètre. La scène se construit donc en relatif par rapport à l’observateur. C’est le piège que rencontre un SIG auquel on demande d’empiler des coordonnées projetées dans un outil pensé pour des scènes de quelques centaines de mètres.

L’altitude du récepteur est une hauteur au-dessus de l’ellipsoïde, pas au-dessus du sol. En France, l’écart au géoïde se compte en dizaines de mètres. Une grille posée à l’altitude annoncée flotte ou s’enterre : elle est ancrée sur le plan détecté par la caméra.

Enfin, le module de géodésie ne dépend pas du moteur : il se vérifie sans téléphone. Vingt-trois tests unitaires sont rejoués à chaque modification poussée. Sur un sujet où l’erreur est silencieuse, c’est la seule façon de savoir qu’une transformation reste juste après avoir été retouchée.

Où en est le chantier

Le cœur mathématique et le rendu du graticule sont validés sur appareil. L’intégration continue rejoue les tests à chaque modification et fabrique l’application à la demande. Le paquet signé pour la publication se produit en une commande, et la fiche du magasin est en préparation.

Ce n’est pas une mission client et cette note ne prétend pas en être une : c’est un développement personnel, en cours, dont je publie l’enseignement parce qu’il s’applique tel quel aux projets que j’accompagne. Le meilleur endroit pour éprouver une hypothèse de précision reste un système où l’erreur devient visible.